Giuseppe Peano "contre les examens"

mardi 9 octobre 2012
par  Jean-Louis Maltret
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Contre les examens

in Opere scelte vol III p.383 Cremonese 1959

Les examens que nous faisons passer dans nos écoles sont souvent inutiles, et quelquefois nuisibles.

Le gouvernement et les organismes publics doivent donner toutes sortes d’instructions.Chacun se sert de ces instructions largement diffusées en fonction de conditions particulières et de sa famille. Celui qui apprendra plus sera plus puissant. Mais le diplôme que le gouvernement donne à la suite des examens officiels, et auquel croit tout le public italien, a très peu de valeur.

Dans la Suisse voisine, un enfant de 6 ans est inscrit dans la « prima » élémentaire, un enfant de sept ans dans la « seconda », et ainsi de suite. Il n’advient pas ce travers obscène, comme chez nous, d’un enfant qui redouble une ou plusieurs fois, de sorte qu’un jeune de seize ans se retrouve dans la classe d’enfants de douze ans, dans laquelle il n’est pas à sa place et corrompt les esprits des plus jeunes. Chacun tire le profit qu’il peut d’un enseignement. Les examens sont adaptés aux élèves ; donnés en présence d’un inspecteur du gouvernement, ils servent seulement à montrer que le professeur a fait son travail. Il n’y a pas de prix ou de distinctions spéciales qui excitent la jalousie entre les petits élèves. Pour les élèves handicapés, il y a des écoles spécialisées.

C’est un véritable crime contre l’humanité de tourmenter les pauvres élèves avec des examens, dont le but est de s’assurer qu’ils savent des choses que la plupart des adultes instruits ignorent. Il en va ainsi dans les écoles supérieures, et à l’Université. Ces écoles supérieures délivrent un titre aux élèves qui suivent avec profit leurs cours ; mais ce titre, recommandation efficace pour trouver un emploi, n’a pas de valeur légale. En Suisse, Allemagne, Angleterre, Amérique, la profession d’ingénieur est libre. Quiconque peut se déclarer ingénieur comme il peut se déclarer menuisier. Le diplôme, ou la maîtrise universitaire, sert aux élèves de recommandation pour un premier emploi. Ensuite, il convient que l’ingénieur prouve, par des attestations des responsables d’atelier, qu’il est en mesure de bien exercer son métier. Il m’a été confirmé qu’il en est ainsi pour les ingénieurs polytechniques de Zurich, de Monaco en Bavière, de Charlottenburg près de Berlin, lieux ou l’idée d’un diplôme pour exercer la profession d’ingénieur est considérée comme ridicule. Plus controversée est la question du diplôme pour l’exercice de la médecine. En suisse, chaque canton suit ses propres critères. Il y a des cantons comme celui d’Appenzel et quelques autres, ou l’exercice de la médecine est libre. Dans ces cantons ce sont implantés des établissements grandioses, établissements de soins, indépendants de toute méthode officielle, qui attirent des malades du monde entier. Et on a pas constaté que les résultats soient inférieurs à ceux obtenus par des médecins diplômés. Aux Etats-Unis on observe la même diversité de législation ; dans certains états l’exercice de la médecine est libre. Cette question des examens de passage n’a rien en commun avec les concours. Chaque administration, privée ou publique, a le droit de choisir son personnel avec les critères qui lui semblent les plus opportuns. Etant donné que les examens de passage sont de peu de valeur, ou prouvent la férocité des examinateurs, les concours sont par nécessité sérieux et difficiles. Personne n’est recalé à un concours ; on peut réussir ou pas à être classé dans le nombre prévu. Alors que l’enseignement est gratifiant à la fois pour l’enseignant et pour les élèves, l’examen les oppose. Le travail qui se fait dans les derniers jours afin de se préparer aux examens n’est d’aucun profit scientifique et ruine la santé de beaucoup d’étudiants petits et grands. Le professeur qui réunit la double qualité d’enseignant et d’examinateur, n’est pas bien identifié comme ami ou ennemi par les étudiants. « Pater et judex », disait un de mes vieux professeurs ; et l’élève ne sait s’il doit l’aimer comme père, où le détester comme juge.


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Brèves

De la culture commune au socle commun : enjeux, tensions, réinterprétations, déplacements

vendredi 25 septembre 2009

Lors de quatre précédents séminaires, des chercheurs de l’UMR Éducation & Politiques (Lyon2-INRP) ont présenté les premiers résultats de leurs recherches sur le socle commun de connaissance.

À la suite de ces séminaires, un colloque international « De la culture commune au socle commun : enjeux, tensions, réinterprétations, déplacements » sera organisé les 19 et 20 novembre 2009 à l’INRP, Lyon.

Sur le Web : Site du colloque